Sortir du modèle entrepreneurial

« Parmi les formes [actuelles] d’aliénation, on retrouve la diffusion d’une idéologie entrepreneuriale que les jeunes intériorisent tôt dans leur parcours scolaire et qui transparaît jusque dans leur engagement social et politique.

Cette idéologie se nourrit du processus d’atomisation du libéralisme économique et politique dans lequel la société actuelle, selon le philosophe Gilles Châtelet (Vivre et penser comme des porcs, 1998) se résume à cette bête équation : ‘Marché=Démocratie=Majorité d’hommes moyens’. Le projet ‘collectif’ qui est présenté comme véritablement pertinent est celui de l’efficience technico-économique : il faut accumuler toujours plus d’argent et produire des technologies toujours plus performantes.
L’école tend ainsi à se transformer en ‘club-école’ de la grande entreprise, préparant ainsi plusieurs jeunes à l’art des requins de la finance. Cette idéologie crée ses propres fossoyeurs dans les ‘perdants’ qui lui résistent ou ceux qu’elle laisse derrière, abandonnés à la précarité, à l’insignifiance et à l’empoisonnement par la pollution.

Heureusement, nombre d’enfants du Sommet des Amériques de 2001, de la grève étudiante de 2005 et du G20 de 2010 à Toronto, entre autres mobilisations, refusent de voir leurs semblables et leur environnement comme des occasions d’affaires. Pour elles, pour eux, il ne peut y avoir d’engagement véritable que dans une lutte qui place en son cœur le rôle que jouent les corporations et le système capitaliste dans la destruction de la planète et des possibilités de vivre et de bien vivre. Leur engagement nous rappelle ce cri du cœur qu’on pouvait entendre dans les rues en mai 1968 : ‘Nous refusons d’être les gestionnaires de demain’. Si cet appel est entendu, alors, peut-être, ce monde sera redonné à lui-même… sans quoi il expiera dans une ultime transaction.»

Extrait de l’article d’Éric Martin Sortir du modèle entrepreneurial dans Revue Relations septembre 2001.

Éric Martin fait aussi référence au livre de Pierre Dardot et Christian Laval, La nouvelle raison du monde, Paris, La Découverte, 2009. Il décrit l’entreprenariat social (aide aux peuples du Sud, entreprise équitable, etc) comme moulé sur la même idéologie. On peut se poser la question?

Georges, chrétien, Montréal.

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