Peut-on arrêter le temps?

Le temps: pas si enfantin après tout!

Le temps: pas si enfantin après tout!

Charles Aznavour chante :

« Le temps d’un jour
Temps d’une seconde
Le temps qui court
Ou celui qui gronde ».

Avez-vous déjà pris le temps de l’écouter ?

Dernièrement, deux amis me faisaient parvenir un texte sur le temps, son accélération et l’aliénation qu’elle provoque, parue dernièrement sur le site web du blogue du journal Le Monde.

J’ai – bien sûr – pris le temps de lire…

Pour mieux comprendre notre modernité.

On y rapporte les réflexions de Hartmut Rosa, sociologue et philosophe allemand, dont l’ouvrage Accélération : une critique sociale du temps, a été traduit en français en 2010 et qui, avec le temps, fait son petit bonhomme de ch’min…

Dans une conférence donnée à Lyon cet hiver, il déclarait :

« Mon livre explique que l’essence et la nature de la modernité reposent sur l’accélération ».

Et encore :

« La modernité signifie mettre en mouvement de plus en plus rapidement le monde matériel, social et idéel. Nous aspirons à multiplier les choses, les contacts, notre horizon d’options… L’aspiration essentielle de la modernité est d’agrandir l’espace des possibilités… »

Une accélération qui rencontre ses limites 

Par contre, cette mise en mouvement rapide du temps rencontre ses limites, « comme le montre la crise écologique. » Il estime également : « La crise psychologique (la dépression, le burn out), est une réaction à un monde devenu trop rapide, à une situation où il faut courir toujours plus vite sans arriver quelque part, un monde sans reconnaissance. »

Le philosophe aborde même la question de la démocratie, qui selon lui est en crise, « car la démocratie est un système politique qui demande du temps pour délibérer, pour produire de la concertation, du consensus… »

Y-a-t-il des moyens d’y résister?

« On peut trouver de petites formes de résistances individuelles », selon le sociologue. « Beaucoup de jeunes refusent désormais des responsabilités trop élevées, car ils ne veulent pas sacrifier leur vie au travail. »

Par contre, selon lui, « ces résistances ne suffisent pas. »

 Hubert Guillaud, auteur de l’article, indique :
« Invité à expliciter les buts de son projet de recherche, Hartmut Rosa explique qu’il cherche à identifier les mécanismes qui nous poussent à l’accélération et à la croissance.

– Comment paralyser ces mécanismes ?
– Peut-on trouver une économie qui n’aurait pas besoin de croitre ?
– Quelle pourrait être une économie qui ne soit pas socialiste, mais qui comporterait des éléments de concurrence et de compétition ?
– Comment avoir un État providence qui n’ait pas besoin de puiser dans des ressources de croissance ?
– Le but est de chercher des alternatives, des possibilités alternatives à la croissance. »

Selon Rosa, nous sommes aux limites de ce que l’humain peut supporter physiquement et psychiquement dans ce que les systèmes – le financier par exemple – peuvent nous offrir quand il s’agit de remplacer l’humain par la technologie. « Le transhumanisme et le posthumanisme sont des moyens pour tenter de repousser ces limites. »

Et vous?

À vos claviers,

Mario Bard

Lien d’intérêt :

Entrevue dans Le Monde Magazine avec Hartmut Rosa
http://www.lemonde.fr/societe/article_interactif/2010/08/29/le-monde-magazine-au-secours-tout-va-trop-vite_1403234_3224.html

Une réflexion au sujet de « Peut-on arrêter le temps? »

  1. Le temps n’aura jamais plus de 24 heures…Mais tout nous pousse aujourd’hui à faire plus. Alors on con-prime dans nos temps libres, dans nos temps de repos. Et durant le boulot, on répond au téléphone et en même temps on envoi un courriel ou un texto et quoi d’autre…la boîte vocale qui déborde en plus. J’ai même eu des clients qui me laissaient des messages le dimanche à 22h00 ! Non mais qu’est-ce qu’on est supposé faire le dimanche à 22h00 ?

    Il faut prendre individuellement une attitude positive et aussi révolutionnaire afin d’indiquer que s’en est assez. Et le meilleur exemple ne vient-il pas de ce cher Alexandre dont je pique ici de Wikipedia la meilleure réplique…

    « [À son chien] Bouge pas comme ça, tu me fatigues. Toujours dans mes jambes, toujours à me renifler, à pousser du museau, à faire le guet. Oui. Je bouge, tu dors couché en rond, je m’arrête pour attendre, te voila en arrêt à renifler le vent. Bouge pas comme ça, tu me fatigues, je te dis. Toi aussi, faut que tu remues, que tu cavales, mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? On a le temps. Faut prendre son temps. Faut prendre le temps de prendre son temps. Comprends-tu ? Regarde-les, mais regarde-les donc : d’un bout du champ à l’autre, ils courent. Après quoi, je te le demande, hein ? Crevés comme moi, ils sont, le soir. Ils s’endorment fatigués et ils se réveillent plus fatigués encore. Et ça continue, et ça n’en finit pas de durer et d’être pareil. Pfff ! Y’a un moment, je sais pas, moi, mais je sais bien que c’est pas ça, quoi. Dis-donc, chien, paraît qu’on condamne des gars aux travaux forcés. Je connais ça, les travaux forcés, pourtant j’ai rien fait, moi. Bouge pas comme ça, tu me fatigues, puis tu me rappelles quelqu’un. Dis donc, tu as déjà regardé une fleur de carotte ? Eh, tiens, bah regarde ça, ben tu vois, c’est ça la vie. Tiens, je m’en roule une, puis je vais me la faire moi-même, puis je vais prendre le temps de me la faire, puis je vais prendre le temps de me la fumer, puis je vais prendre le temps d’en profiter, et puis je vais prendre le temps…(bâillement)… »
    — Alexandre (Philippe Noiret)

    Etienne Paquette
    Montréal

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