« Mais je crains encore plus l’indifférence citoyenne »

Mgr Paul-André Durocher, nommé depuis moins d’un an à l’archidiocèse de Gatineau, commente la crise sociale au Québec. Il dit : « Mais à regarder ma nouvelle famille de près, je m’inquiète aussi un peu. »

Pour le franco-ontarien d’origine, « les manifestations quotidiennes des derniers mois posent de grandes questions, et les enjeux qu’elles soulèvent s’avèrent de plus en plus sérieux. » S’il déclare ne prendre aucun parti, il dit vouloir « partager » quelques questions, « surtout pour nous qui nous réclamons de l’Évangile du Christ. » 

En voici des extraits…

En fait après relecture, il m’apparaît trop difficile de résumer un texte qui porte cet équilibre si rare dans une société, que dis-je, dans un monde qui se polarise de plus en plus, au détriment d’un dialogue nécessaire et courageux et constructif. En voici donc la majeur partie.

Sinon, l’intégral se trouve à l’adresse suivante:
http://diocesegatineau.org/fr/actualites.php?n=1-53

Comme toujours, vous êtes invités à réagir en cliquant sur la petite bulle « bédéesque » qui se trouve au coin droit du commentaire.

MarioB

Suite et fin de la lettre aux « fidèles de l’archidiocèse de Gatineau »

« Beaucoup voudraient simplement que ce conflit se règle d’une façon ou d’une autre et que la paix revienne dans nos rues. Nous n’aimons pas le dérangement. Pourtant, Jésus est venu déranger. Il a posé des questions de fond qui ne plaisaient pas aux autorités de son temps. Il a parlé et agit au nom de ce Dieu qui « renverse les puissants de leurs trônes » et qui « élève les humbles » (Lc 1, 52). Il a tellement dérangé qu’on a pris les grands moyens pour le faire taire. Sommes-nous prêts à nous laisser déranger?

Rappelons-nous par ailleurs quelle était la cause de Jésus : le Royaume de Dieu,  «royaume de justice, de paix et de joie» (Rom 14, 17). Tout le monde dans ce conflit fait appel à la justice, mais s’agit-il toujours de la justice du Royaume? Que fait-on de la paix, qui est bien plus que la simple tranquillité ? Ou de la joie, qui est bien plus qu’une bouteille dans les mains et une chanson sur les lèvres ?

En tant que disciples de Jésus, nous ne pouvons garder silence dans le débat en cours, conscients que les enjeux visent beaucoup plus qu’une simple question de droits scolaires à acquitter. Sommes-nous prêts à présenter, à promouvoir un projet de société où sont incarnées des valeurs fondamentales, échos de l’Évangile ? Je pense à la dignité de chaque personne, au bien commun, au partage et à la générosité, au respect de l’environnement, à la communauté humaine, au souci des pauvres et des petits, à l’ouverture aux nations beaucoup plus démunies que la nôtre.

Dépassons donc les réflexes abrupts et les jugements faciles pour nous ouvrir au dialogue respectueux, à l’échange des idées, à la réflexion profonde et à la créativité. Engageons cette discussion tranquille et ouverte dans nos familles, avec nos amis, sur les terrains de camping et dans les maisons de quartier. Rappelons-nous que dans la perspective chrétienne, on ne peut diaboliser l’adversaire ; il faut toujours avoir à l’esprit que cette personne est aussi aimée de Dieu, malgré ses opinions contraires aux miennes, et qu’elle garde cette dignité que je dois respecter.
Je crains les casseurs et je crains les lois-bâillon. Mais je crains encore plus l’indifférence citoyenne lorsqu’il s’agit de débattre des questions de fond. Alors, célébrons la fête nationale du Québec en faisant mémoire de Saint Jean Baptiste, non pas le petit gars aux boucles blondes, mais l’homme mûr qui invite à partager avec les pauvres, à faire passer les personnes avant les profits, à ne faire «ni violence ni tort à personne» (cf. Lc 3,11-14). Avec lui, soyons prophètes de la Bonne Nouvelle.

Et bonne Saint-Jean!

† Paul-André Durocher »

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