L’euthanasie en question

Automne, saison associée à l'avant mort de l'hiver...Il est midi. À l’heure où j’écris, les enfants bruyants et heureux de mon coin de quartier mangent. Ils ont besoin d’énergie pour retourner crier et s’amuser. Bruits qui me font du bien et me rappelle que l’enfance et l’été ensoleillé sont des synonymes.

Il est midi. À l’heure où j’écris, des gens dans le monde souffrent de maladies incurables. Certains n’en peuvent plus et aimeraient se donner la mort. Pour en finir avec cette souffrance qui, au final, n’a de sens que si on lui en donne un.

Il est midi. À l’heure où j’écris, je me demande quoi écrire au sujet de ce mot : euthanasie.

La Commission ‘spéciale’ québécoise ‘Mourir dans la dignité’ lui préfère les mots ‘aide médicale à mourir’.

« Bien que le terme ?euthanasie? soit celui utilisé en Belgique et aux Pays-Bas, les auditions publiques ont fait ressortir que ce terme est très chargé et qu’il ne fait pas consensus. Mais surtout, il n’évoque pas en lui-même l’idée de soutien qui est au cœur de notre proposition. Tout au long des travaux de la Commission, l’expression ?aide médicale à mourir? s’est imposée graduellement d’elle-même. Le mot ?aide? renvoie à la valeur incontournable de l’accompagnement. Quant au terme ?médicale?, il précise la nature de l’accompagnement qui suppose l’intervention du médecin et du personnel soignant. L’expression ?aide médicale à mourir? est donc celle que nous avons retenue. »

Rapport de la Commission spéciale Mourir dans la dignité, rendu public le 22 mars 2012 à l’Assemblée Nationale du Québec

Le site d’informations catholiques Zénit relate quant à lui la bataille Koch vs l’État allemand, qui s’est rendue jusqu’à la Cour européenne des Droits de l’Homme (CDEH). Grosso-modo, la Cour donne raison à Monsieur Koch dont l’épouse a dû se rendre en Suisse pour obtenir les moyens d’euthanasie qu’elle réclamait en Allemagne. Dans cette analyse, le commentateur indique à propos de la décision :

« Que l’on s’en réjouisse ou qu’on la déplore, cette évolution modifie en profondeur le système de la CEDH, tant dans la conception des droits de l’homme que de la démocratie ; elle rompt avec la pensée chrétienne, humaniste et démocrate sur laquelle la Convention a été fondée en 1950, dans l’expérience de l’immédiat après-guerre. »

Cette décision de la Cour n’est pas la seule dans ce genre de situation ou dans d’autres cas, que ce soit l’adoption d’enfants par des conjoints de même sexe ou des questions de libertés religieuses. Bien qu’elle n’ait aucune force de loi dans les pays européens, elle met une pression morale sur les États.

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Peu importe les mots, charger ou non : ils provoquent toujours une vague, sinon même, un tsunami de propos. Les uns, au nom de la liberté et des Droits de l’Homme, veulent légaliser l’accès à l’euthanasie comme au Pays-Bas ou en Belgique. Les autres, au nom de la valeur intrinsèque de la vie, refusent qu’on touche à ce domaine, la mort étant pour eux, au final, une affaire régie uniquement par Dieu et quelque chose de digne, tout comme le reste de la vie.

Les craintes des deux côtés sont grandes.

Ceux qui refusent de souffrir plus longtemps de maladies incurables souffrantes et coûteuses à soigner ont peur pour leur proche qui serait accuser criminellement de meurtre, aussi près de la compassion soit-il.

Les autres craignent que, pour un rien et dans une société prônant le confort et la qualité de vie comme des absolus divins, on procède de plus en plus facilement à l’élimination de ceux et celles qui ‘coûtent cher à soigner’.

Et vous, que pense-vous de cette question?

Doit-on ou non légaliser l’euthanasie?

En quoi, légaliser ou non, l’euthanasie porte-t-elle des valeurs humanistes?

À vous la parole, qu’il soit midi ou une autre heure!

Simplement vôtre,

MarioB

Liens d’intérêt:

Au Québec, un jugement de la plus haute instance juridique de la Colombie-Britannique encourage cette dame:
http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/actualites/201208/15/01-4565141-nouvel-espoir-pour-ginette-leblanc.php

Pourquoi l’Église catholique se dit contre:
http://www.colf.ca/mamboshop/index.php?option=com_content&task=view&lang=frc&id=254

Une réflexion au sujet de « L’euthanasie en question »

  1. Eu-thanasie… une mort moralement bonne. Comme le mot év-angile signifie une nouvelle bonne (en grec eu ou ev signifie ce qui est bon)
    Comment se donner la mort peut-il être considéré comme un acte bon?
    La vie nous est donnée pour que nous en fassions un acte de liberté, dicté par la bonté.
    Si nous considérons la vie comme un don de Dieu, Dieu nous en fait un don inconditionnel. Il ne nous dicte pas ce que nous devons faire de ce don. Ce don n’a qu’une limite pour être bon : qu’il soit exercé dans l’amour.
    L’amour est la raison de tout. Notre vie pour être (devenir) ce qu’elle est doit s’exercer dans l’amour. L’amour de nous-même (faire pour nous ce qui est bon). L’amour des autres (faire pour tout prochain ce qui est bon pour lui).
    Ainsi de la mort. Je peux la décider lorsque ce sera bon pour mes proches (leur éviter de la souffrance même si la séparation leur fera de la peine). Mais aussi lorsque ce sera bon pour moi (éviter une souffrance insupportable où il n’y a plus de qualité de vie pour moi et ceux qui m’entourent.) Il y a un degré de souffrance qui n’a plus de bonté. Comme l’euthanasie doit être un acte libre, il faut que cette décision soit prise avant que je ne perde toute conscience. Mourir doit être, si possible en toute occasion, un acte libre. Pris à chaque réveil, au cas où nous serions victime d’un accident mortel ou victime d’un meurtre. ‘Ma vie, nul ne prend, c’est moi qui la donne’, a dit Jésus.
    Cette décision doit être prise dans la liberté de ma conscience… ce qui suppose un partage avec ceux qui m’aiment. Il est difficile à la conscience de prendre seule une décision juste et bonne, sans en faire un discernement avec des prochains.

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