Lettre imaginaire à Papa Giovanni

Jean XXIII couv 96Le pape Jean XXIII est canonisé demain, dimanche 27 avril. L’été dernier,
Les Éditions Novalis m’ont demandé d’écrire un Petit Carnet sur le bon pape Jean.

J‘ai pu découvrir un homme d’une grande intelligence et d’une intuition empreinte de l’Évangile. Un homme pour qui l’humanité était première.

Je lui ai écrit celle lettre imaginaire. Bonne lecture.

Août 2013

« Je me souviens du regard de cette religieuse italienne. Quand je lui ai demandé si elle vous avait rencontré. Ses yeux se sont illuminés. Un sourire en guise de réponse. Plus grand que l’océan qui nous sépare de la ville d’Assise où je vous ai rencontré.
La Casa Papa Giovanni qui accueille les pèlerins de la ville de Saint-François respire la bonté, la paix, la simplicité.

Elle porte votre nom. Non par honneur. Mais par bonheur. »

« La fenêtre ouverte du Concile,
j’en suis l’héritier. Par votre faute,
l’enfer et ses damnations sont sortis
du vocabulaire habituel des prêtres.

L’amour, la miséricorde, les béatitudes, ont commencé à être largement répandus
dans les paroles d’une Église qui avait appris que chaque concile devait apporter son lot de condamnation.
« Non pour condamner, mais pour réagir aux défis du monde »,
avez-vous insisté auprès de vos ‘curieux’ acolytes de la Curie.

Les mêmes qui ont dû être scandalisés
de l’accueil que vous avez fait à la fille même de Khrouchtchev,
chef suprême communiste, au Vatican!

Une rencontre où votre diplomatie fut celle de la rencontre des cœurs.

« Nous devons toujours essayer de nous adresser à la bonté des gens. On ne perd rien à le tenter. Tout peut-être perdu si les hommes ne trouvent pas le moyen de travailler ensemble pour sauver la paix. »

Cette diplomatie permit des rapprochements encore jamais vus
entre les mondes communiste et capitaliste.

C’est peut-être aussi cet esprit qui vous permet de lancer cette idée grandiose et pourtant nécessaire : l’ouverture d’un Concile.

« Je sais bien que le pape peut-être infaillible. Quand il parle ex-cathedra, sur la chaire de Pierre. Mais moi, je n’ai pas l’intention de m’y asseoir. »

C’est auprès des évêques du monde que vous désirez retrouver la jeunesse d’une Église qui, ces dernières années, s’est trop souvent enfoncée en elle-même, renfrognée,
oubliant l’Esprit de l’Évangile qui marchait simplement sur les eaux de la mort et les routes des nations de Galilée.
À Jérusalem, l’Évangile vivant vivra la croix, comme celle que vous portez maintenant…
Négocier avec la peur de ceux et celles qui voudraient condamner, purifier, s’enfoncer…

Votre âme, Papa Giovanni, est celle d’un enfant qui refuse qu’on lui dise
que la guerre est une option.
Que le dialogue n’est pas nécessaire
et que les enfants peuvent se contenter du statu quo pour être heureux.
Votre expérience profonde vous le dit : ça ne fonctionne pas.
On ne peut se cacher plus longtemps dans les cérémonies feutrées – que vous aimez pourtant – et le velours des presbytères.

Lors de l’ouverture du Concile, vous leur parlé directement.

« Ils prétendent que notre époque est bien pire que certaines époques lointaines, et ils se comportent comme s’ils n’avaient jamais rien retenu de l’histoire, alors que l’histoire est le meilleur des professeurs de vie.

Nous nous sentons tentés de contredire ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des événements infortunés, comme si la fin du monde était déjà là. »

Si au départ vous avez eu peur de l’idée soudaine de cet Aggiornamento
– mise à jour – celle-ci s’est rapidement révélée être essentielle à la survivance de l’Église dans le monde moderne.
Et celui post-moderne
dans lequel j’évolue.

Mais voilà. J’ai l’impression parfois que les peuples n’ont rien saisi de ce dialogue,
de ces paroles, de cet acte essentiel que vous avez lancé avec le Concile.

Soixante-dix-neuf nations sont représentées au Concile,
que ce soit du côté civil ou encore
avec les institutions religieuses qui sont présentes.
Chrétiennes ou pas.

Le 11 octobre 1962. Soir de l’ouverture du Concile, vous parlez au peuple de Rome
venu se réjouir Place Saint-Pierre.
Bien loin d’un discours,
vous parlez à la foule.
La lune, brillant de tous ses feux
ce soir-là, inspire votre âme lyrique.

« Chers enfants, chers enfants, j’entends vos voix. Ma voix est isolée mais elle fait écho à la voix du monde entier. Ici en effet, est représenté le monde entier. »

« Retournez maintenant chez vous et donnez un baiser à vos petits enfants – dites-leur qu’il vient du pape Jean. »

Le lendemain, vous continuez en appelant les représentants du monde présents au Concile à créer un « nouvel ordre des relations humaines. »

« Les conséquences naturelles en seront l’amour mutuel,
la fraternité
et la fin de la lutte entre les hommes
de diverses origines
et de différentes mentalités.
Ainsi serait hâtée l’aide si urgente
en faveur des peuples en voie
de développement et à la recherche
de leur vraie bien-être,
en ‘‘excluant toute visée
de domination.’’

« Telle est la grande paix que tous les hommes attendent et pour laquelle ils ont tant souffert : il serait temps qu’elle fasse des pas décisifs! (…) parce que les hommes sont frères et – nous le disons avec une grande tendresse – tous fils d’un même Père. »

Papa Giovanni,
nous n’y sommes pas arrivés.

L’ombre des guerres continuent de planer et de tuer à petit feu.
Elles sont moins spectaculaires
que celles que vous avez connues.
Elles sont plus locales, plus complexes.
De plus, elles tuent encore
plus de civils innocents.
Il y a aussi ces guerres pour s’accaparer les richesses naturelles, particulièrement en Afrique où des peuples entiers sont déplacés
afin de satisfaire l’appétit financier
de forces obscures, mal définies…

Pourtant, la solidarité existe aussi. Des humains continuent à se parler malgré leurs différences religieuses, politiques, sociales. Ils se concrétisent par la coopération internationale, les forums de discussion.

Les Églises aussi ont appris à se parler.
À Taizé en particulier,
les jeunes croyants se placent en situation d’ouverture et de dialogue.
Ils écoutent également la voix de l’Évangile répété les béatitudes.

« Ils sont sur le droit chemin du bonheur, les pauvres de souffle:
car le Règne de Dieu est le leur.

Ils sont sur le droit chemin du bonheur, les doux: car eux auront la Terre en héritage.

Ils sont sur le droit chemin du bonheur, les affligés: car eux seront consolés.

Ils sont sur le droit chemin du bonheur, ceux qui ont faim et soif de droiture:
car eux seront rassasiés.

Ils sont sur le droit chemin du bonheur, les miséricordieux:
car eux recevront miséricorde.

Ils sont sur le droit chemin du bonheur, les purs [au plus profond] du cœur:
car eux verront Dieu.

Ils sont sur le droit chemin du bonheur, les artisans de paix:
car eux seront appelés fils de Dieu.

Ils sont sur le droit chemin du bonheur, les persécutés à cause de la droiture:
car le Règne de Dieu est le leur. »

Quand vous êtes mort,
les hommages furent considérables, provenant de toutes les couches
et les tendances de la société.

Un vieux socialiste-marxiste Italien,
Lelio Basso, rendit cet hommage.

« Il ne parlait pas seulement pas aux croyants, il ne se préoccupait pas de définir des dogmes, il ne dissertait pas d’ecclésiologie, mais il s’occupait, comme nous nous occupons,
des hommes, des mêmes hommes.

« Pas d’hommes abstraits, mais des hommes de notre temps ».

Dites-moi, qui sont les humains de notre temps dont nous devons nous occuper?
Le monde est à la fois si atomisé et si éclaté!

‘Tous!’ pourriez-vous me dire
si j’habitais le ciel.

Un tous qui s’accorde avec les millions de microcosmes
de solidarité et
de transformation au quotidien.
Comme sur une terre cultivée,
chaque détail compte :
lumière, eau, vers de terre, température, grandeur du sillon, etc.

Papa Giovanni, merci d’avoir fait bourgeonner l’Église de demain.

Mario Bard

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