La peur ou la maîtresse de la destruction

Diverses déménagementClassique de l’Évangile, ce récit* me rappelle à quel point la barque-Église – et je parle de toutes les Églises, Église au sens œcuménique, celle qui est le futur des chrétiens – affronte toujours les vents contraires, ceux qui la rendent fragile au mal et à l’imbécilité.

Que de fois d’ailleurs laissons-nous la peur nous tirailler. C’est elle qui mène nos décisions et devient  notre maîtresse. Au-devant, nous sommes forts. Mais dès que les décisions d’importances capitales se présentent, nous devenons lâches et fermons les volets. La peur décide à notre place.

La crise américaine de la dette, qui sévit aux États-Unis à l’heure où j’écris ces mots, me fait penser à cette peur qui paralyse. Bien sûr, les voisins nord-américains ont un gouvernement surendetté. Les républicains – mais surtout les membres de l’aile extrême (leTea Party) – proposent des coupures sociales (entre-autres) qui sont, me semble-t-il, idéologiques et illogiques. Elles couperaient drastiquement dans les dépenses sociales au moment où les américains traversent une crise économique majeure. Pendant ce temps, ces mêmes Tea Party’s members refusent catégoriquement d’augmenter les impôts et les redevances sur les profits que font les plus argentés du pays. Une situation inacceptable aux yeux de plusieurs.

De son côté, le président Obama appelle à la négociation. Il aurait pourtant le pouvoir constitutionnel d’augmenter le niveau de la dette pour s’assurer que les bénéfices sociaux, déjà maigres, soient financièrement honorés et que les citoyens qui en ont besoin – au moins 57 millions de personnes – reçoivent ce soutien de première nécessité le 3 août prochain. Une négociation ultérieure permettrait aux représentants et sénateurs de trouver une solution à long terme au surendettement créé par le financement de la guerre en Irak, entre autres.

Plusieurs analystes politiques pensent que le président n’agit pas assez rapidement dans ce dossier. D’autres croient qu’il a l’intelligence de laisser la démocratie avancer, puisque les deux chambres sont obligées de négocier d’arrache-pied afin de trouver une solution commune qui satisfasse toutes les factions.

Par contre, plus le temps avance, et plus je pense que le président devrait se servir de ce droit constitutionnel, dont il dispose, et augmenter la dette le temps qu’il faudra pour que les américains, qui ont besoin de l’aide gouvernementale, se remettent sur pied. Le fera-t-il? Aura-t-il la sagesse de travailler pour ceux et celles qui comptent sur ce soutien commun, ou aura-t-il peur des extrémistes économiques, mais finalement idéologiques, qui veulent  absolument tout couper, au risque de créer un défaut de paiement historique qui ne servira qu’à appauvrir la majeure partie de la population états-unienne de toutes façons?

Celui qui avait créé tant d’espoir lors de son élection en 2008 se laisse-t-il dicter par la peur engendrée par des extrémistes qui créent des tempêtes, ou par ceux et celles qui risquent de perdre ce que déjà ils n’ont pas? Et qui sont, dans une vaste majorité, ceux et celles qui avaient voté pour lui?…

La peur dicte un langage de lâcheté qui, au lieu de favoriser le dialogue, ordonne de tuer, de laisser faire, de se cacher, de laisser mourir, de créer une société dominée par les puissants, et j’en passe…

La peur, la non-confiance… À notre échelle, nous l’avons peut-être déjà expérimentée dans nos vies quotidiennes : c’est une maîtresse sans pitié et infidèle. Le malheur qu’elle apporte est tout simplement terrible et dévastateur. Lever ses yeux vers un Dieu d’amour – qui existe sans équivoque dans l’Évangile – et au-delà du doute, est une solution heureuse qui risque de prendre le dessus sur la peur, comme l’expérimentent Pierre et les disciples dans l’Évangile d’aujourd’hui.

Un choix vers lequel nous pouvons aussi nous tourner au cœur des tempêtes.

Mario, chrétien, Québec

 

*Évangile selon l’écrit de Matthieu, 14, 22-33 Jésus marchant sur la tempête

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