La jeunesse qui pousse le Québec à la maturité

Face à l’échec du modèle d’autorité néolibéral, les «Y» avancent une vision humaniste à long terme

Dans le coin droit, la valse-hésitation du gouvernement. Les prétextes pour ne pas aborder la hausse des droits de scolarité, nerf de la grève. Dans le coin gauche : les jeunes. Pas censés penser plus loin que demain, ils se battent, disent-ils, pour les futurs enfants. Ils refusent la division, restent solidaires et démocratiques. Sonneraient-ils l’âge de raison du Québec, qu’on a dit si longtemps adolescent ?

Comment lisez-vous la crise actuelle ?

Ce qui est évident avec la crise étudiante, c’est que le modèle d’autorité présenté par le gouvernement est dépassé. On sait que ce ne sont plus nos dirigeants qui prennent les décisions, que les structures sociales sont déréglées. Que l’idéologie néolibérale, capitaliste, économiste, roule toute seule. Le gouvernement y est soumis, ni souverain, ni autonome. On a élu des êtres humains au pouvoir, avec un jugement, et les voilà qui se fient seulement à des statistiques, des études de marché, des chiffres.

La génération Y des 18 à 34 ans, qu’on croyait apolitique et individualiste, est-elle plus adulte que ses prédécesseurs ?

Elle montre au monde la colère refoulée des «X», dévoile que ceux-ci n’étaient que la première génération à avoir frappé le mur invisible d’un capitalisme nouveau, radical, incontournable. Les «Y» se heurtent aujourd’hui à ce mur, mais de manière active. Les étudiants ont des idées humanistes, se mobilisent au nom de la prochaine génération. Ils ont une impressionnante vision à long terme.

Comment rétablir le dialogue entre ces valeurs et ces générations si différentes ?

Les jeunes voient cette société complètement colonisée par un système externe. Les autorités sont en déni. La CLASSE (une des associations étudiantes) a raison de n’accepter aucune solution facile. Je pense qu’elle devrait être plus radicale encore dans le discours et la philosophie, et moins dans les gestes, et dire que c’est tout le système qu’il faut repenser : la santé, l’éducation, le politique. Il faut leur dire qu’ils sont en train de changer le monde. Et qu’on va les aider. Qu’on va leur donner les outils pour changer la société. On ne peut pas s’excuser en disant « oui mais, moi j’ai payé des droits de scolarité, qu’ils les paient eux aussi », ce ne serait qu’un signe d’amertume. C’est vraiment mal vieillir que de ne pas vouloir que les jeunes aient une meilleure vie que nous. Il faut toujours souhaiter que nos enfants nous dépassent.

Extraits de Catherine Lalonde, dans www.ledevoir.com – le 28 avril 2012.

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