La démocratie et la casserole

Aujourd’hui, la négociation entre les représentants du gouvernement du Québec et les représentants des associations étudiantes en grève est dans une impasse.

Je viens de voir notre Premier Ministre Jean Charest déballer au petit écran tout un tas de raisons faisant en sorte que nous devrions blâmer les représentants étudiants pour cet échec et féliciter le gouvernement pour sa souplesse.

Le conflit dure maintenant depuis plus de cent jours. Le coût économique de la grève, des effectifs policiers, des agences de sécurité, du réaménagement à venir des horaires scolaires dépasse largement les bénéfices escomptés.

Au-delà de toutes ces questions, la principale est sans doute l’attaque indécente de certains à un principe de base de la démocratie. Lorsqu’un groupe constitué en association prend une décision importante, il est généralement reconnu que la décision de la majorité – 50% +1 – constituera la décision ultime de l’association. C’est également ainsi que nous procédons à l’élection de nos dirigeants.

Or ces dernières semaines nous avons vu une pluie d’injonctions requises par des étudiants sur une base individuelle requérant la reprise des cours. Nous avons vu de façon aussi triste les tribunaux y acquiescer.  Ceci équivaut donc à la primauté du droit individuel sur une décision démocratiquement prise en association. Le signal donné est donc le suivant : les droits de l’individu peuvent être contraires à une décision collective prise à vote majoritaire.

Il est aussi triste de constater l’appui de plusieurs de nos concitoyens à ces mesures coercitives que sont les injonctions et la loi 78. Elle s’intitule à juste titre : Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent. Donc, exit les associations et leur votes de grève ! Faisons fi des décisions démocratiques ! Que chacun fasse à sa guise, selon son bon vouloir.

La réaction de la rue à ce défi ? La casserole. Quel geste collectif frappant et plein de sens. On y associe la festivité et le non conformisme, contrairement à l’étiquette que veut nous coller l’État. La casserole est pacifique. Elle est synonyme d’un rythme collectif de protestation à la mesure de la révolte pacifique. Elle vient chercher à la fois les tout-jeunes et les moins jeunes. Elle fait sourire  les policiers, dont certains ont leur ras-le-bol de poivrer à gauche et à droite.

Les prochaines années seront mouvementées. Cette jeunesse refusant les modèles du passé sera en guerre contre l’autre faction capitalo-conformiste et risque fort de venir demander des comptes à ces vieillissants baby-boomers qui ne cherchent qu’à conserver leurs acquis sans songer à l’avenir pourri et endetté qu’ils laissent aux générations futures.

Aurions-nous oublié que l’éducation d’un peuple n’est pas un privilège mais un droit ? Que l’éducation n’est pas une marchandise devant être gérée selon les conditions d’un marché économique et que les philosophes, les sociologues et les artistes sont aussi importants pour construire une société équilibrée que les médecins, les ingénieurs et les avocats ?

Aujourd’hui, je viens de voir la vidéo d’Anonymous sur la fête du domaine Sagard et où se pavanait notre chef de gouvernement.

Aujourd’hui j’ai honte à mon pays, à mes dirigeants – de quelque parti politique qu’ils soient –  et à cette supposée démocratie.

Etienne, chrétien à Montréal.

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