Inégalité, voile et laïcité

Un peu d'humour dans un débat qui suscite des réactions viscérales. (Source: Mediapart)

Un peu d’humour dans un débat qui suscite des réactions viscérales. (Source: Mediapart)

Le projet de charte québécoise de la laïcité refait surface à la faveur des différentes ‘‘Rentrées’’ qui ponctuent la fin du mois d’août, et des fuites à la presse. Micheline Dumont, historienne et auteure bien connue, publiait en février 2010 une lettre d’opinion qui relativisait ce que Patrick Lagacé, dans son blogue du 22 août dernier, dénonçait également.

Le coloré commentateur ne considère pas qu’il soit nécessaire d’aller aussi loin que d’interdire des signes religieux dans la fonction publique. Il écrit :

Un, la plupart de ces accommodements qui ont dérapé ne sont pas la faute des croyants à kippa, à hijab ou à turban, qui ont exagéré dans leurs demandes. C’est plutôt la faute de bons Québécois qui ont eu peur de dire un mot très simple. Ce mot, c’est: non.

Deux, mon «identité» québécoise est assez forte pour résister à des couteaux cérémonials de pacotille, à des épais à boudins qui ne veulent pas recevoir un ticket d’une policière. Si vous avez peur du hijab d’une éducatrice de CPE, ben le mot le dit: vous êtes peureux.

Trois, j’ai beau avoir divorcé du p’tit Jésus et astiquer mon athéisme, ma conception de la liberté inclut la liberté de religion. Et la liberté de religion, c’est la liberté de la pratiquer et de l’afficher.

Inégalité et le foulard : liés?

Selon l’historienne Micheline Dumont, il y a bien des éléments à considérer avant de prétendre que le foulard est un signe d’inégalité entre homme et femme. Concrètement, elle rappelle que rien n’est acquis dans le marché du travail.

Elle écrit :

Pour en revenir aux déclarations émues sur l’égalité entre les hommes et les femmes, l’égalité serait acquise, elle constituerait la base de la société québécoise? Je suis très contente de l’apprendre. On peut donc s’attendre à ce que, désormais, tout le monde se mobilise pour enrayer la violence conjugale, pour améliorer le salaire des milliers de femmes qui travaillent au salaire minimum et dans des conditions précaires; que l’on va cesser de ne parler que des 66 % de jeunes femmes qui étudient la médecine et que les médecins vont cesser de se lamenter sur la féminisation de leur profession.

Savez-vous quelle est la profession où se retrouve le plus grand nombre de femmes? Le secrétariat! Il y a plus de 100 000 secrétaires au Québec. Connaissez-vous les conditions salariales des secrétaires? Et si l’on ajoutait les caissières, les préposées aux bénéficiaires, les serveuses de restaurant, les coiffeuses, etc., toutes ensemble (et on frise le million de personnes), elles n’arrivent pas à gagner le salaire de trois présidents de banque.

Et pour vous, quel serait une charte de la laïcité qui respecterait la liberté de religion mentionnée par Patrick Lagacé?

Considérez-vous votre société comme inégalitaire entre homme et femme?

Quels sont les valeurs humanistes qui devraient être mises de l’avant dans ce dossier?

 À vos claviers,

 MarioB

Liens d’intérêts

Jean-Claude Guillebaud dans le magazine La Vie
http://www.lavie.fr/debats/bloc-notes/la-nouvelle-question-laique-21-08-2013-43327_442.php

Au Québec, le ministre Bernard Drainville, responsable de l’élaboration d’une Charte québécoise de la laïcité, commente les fuites et propose dans le quotidien Le Devoir
http://www.ledevoir.com/politique/quebec/385836/quatre-conditions-pour-un-accommodement-raisonnable

2 réflexions au sujet de « Inégalité, voile et laïcité »

  1. Déclaration Universelle des Droits de l’Homme:

    Article 18
    Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

    « Tant en public qu’en privé »

    La seule condition que je verrais applicable est la notion de sécurité publique. J’aurais donc un bémol en ce qui concerne la burqa. Pour le reste, il ne devrait y avoir aucune interdiction.

    C’est l’expertise professionnelle d’une personne qui la rend éligible ou non à un poste public et non ses convictions religieuses.

    L’idée est peut-être folle, mais à une certaine époque quelqu’un a dit que le Québec avait perdu son référendum à cause de l’argent et du vote ethnique. Si les conditions sont moins attrayantes pour un immigrant à venir s’installer ici…..je n’ai pas besoin de continuer n’est-ce-pas ?

    Nos politiciens devraient s’affairer à réduire les inégalités sociales à tous les niveaux plutôt que de fouetter des chats qui n’ont pas besoin de l’être…

    Etienne P
    Montréal

  2. L’auteur Sandrine Desse, dans son roman Charlie profané, livre une réflexion assez iintéressante à ce sujet:
     » Les religions m’indifférent profondément. Il n’existe pour moi que des humains dont le droit essentiel est de vivre en pensant ce qu’ils veulent sans avoir à risquer leur vie pour ça. Et c’est ce que la laïcité avait presque réussi à accomplir. Aidé de la science, l’homme avait tué le merveilleux et la sagesse qui seule peut permettre le véritable vivre ensemble était enfin à portée de main. Et aujourd’hui, ce sursaut de délire mystique remet en cause des siècles de combat silencieux et sans violence. Tous les discours que nous pourrions faire pour inciter l’homme à la raison seraient inutiles. L’être humain a besoin de merveilleux autant que de nourriture. C’est la seule chose que la laïcité n’a pas pu lui fournir. C’est notre seule faiblesse. »

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