Donner jusqu’au tragique

Gabriel Arcand joue Gaby dans Le démantèlement, réalisé et scénarisé par Sébastien Pilote.

Gabriel Arcand joue Gaby dans Le démantèlement, réalisé et scénarisé par Sébastien Pilote.

Sombre jour pour Gaby qui doit vendre sa ferme afin de soutenir sa fille. Le lui rend-elle vraiment? Pour le savoir, courez voir et goûter ce film qui déchire, Le démantèlement*.

D’abord, la tristesse que vit Gaby, seul bien malgré lui sur la ferme familiale qu’il dirige depuis 40 ans. L’homme est visiblement amoureux de cette vie. Mais la solitude pèse. Et comme l’agriculture au Québec est un monde en déclin, sauf si l’on est riche comme crésus, en vivre devient de plus en plus lourd.

Ensuite, Gaby démantèle parce que l’amour qu’il porte à ses filles est fou, tragique comme une tragédie grecque.

Démanteler la ferme, certes. Mais, je dirais aussi que c’est le portrait d’une société démantelée par sa recherche de bonheur vague, égocentrique, et peu encline à donner un coup de main quand c’est le temps. Une société prête à automutiler les valeurs d’entraide, de solidarité, de présence et de soutien qui pouvaient l’unir.

Si à 63 ans, la vie de Gaby ressemble à un échec, c’est bien parce que cette terre qu’il avait choisi d’habiter pour y construire son bonheur est envahie par toutes sortes de rêves illusoires, empruntés à crédit.

Ceux en particulier d’une enfant qui pue cet égocentrisme moderne qui nous habite au plus profond comme génération du confort et de l’indifférence. Hors de question qu’elle revienne sur la terre, le temps de retrouver l’équilibre et de repartir à zéro. Le père doit tout donner. Geste héroïque teinté de ce sens du don qu’on a peut-être oublié au tournant de la révolution tranquille.

***

Les images de Sébastien Pilote dressent un portrait d’une tristesse infinie. Loin du candide de la campagne, on a presque le goût d’en sortir. Ou encore, de se « brasser la cage » – comme on dit au Québec – pour y revenir.

Car cette terre, peut-elle être vécue autrement que comme un profit à tout prix?
Peut-elle devenir l’endroit où l’existence peut de nouveau trouver des racines d’équilibre?

Plus encore: avons-nous perdu ce sens du don?

À vos claviers,

MarioB

*Le démantèlement, en salle au Québec à partir du vendredi 15 novembre.

Liens d’intérêt :
Le film a été primé à Cannes
http://info-culture.biz/2013/05/23/le-demantelement-prix-sacd-a-cannes/

Divers articles dans le journal La Presse
http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201311/11/01-4709322-le-demantelement-un-pere-sans-terre.php

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