Discours de Benoît XVI à Assise

Croyants et non-croyants doivent « s’engager résolument pour la dignité de l’homme » et à « servir ensemble la cause de la paix », déclare Benoît XVI. La vraie nature de la religion n’est pas de susciter la violence, . Le pape y réfléchit au rôle des religions dans l’histoire, et l’histoire contemporaine. Il indique une tâche pour le dialogue interreligieux, 25 ans après la première rencontre promue par Jean-Paul II: il met les croyants et les incroyants ensemble devant leurs responsabilités. Il souligne que le dialogue avec les non-croyants constitue pour les croyants une occasion de « purifier » la religion.

Le pape explique ainsi la nouveauté d’Assise 2011, la présence de non-croyants à cette « Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde » : « J’ai invité spécialement des représentants de ce (…) groupe à notre rencontre à Assise, qui ne réunit pas seulement des représentants d’institutions religieuses. Il s’agit plutôt de se retrouver ensemble dans cet être en marche vers la vérité, de s’engager résolument pour la dignité de l’homme et de servir ensemble la cause de la paix contre toute sorte de violence destructrice du droit. »Voilà la contribution [des incroyants] auprès des croyants : « [Ils] mettent aussi en cause les adeptes des religions, pour qu’ils ne considèrent pas Dieu comme une propriété qui leur appartient, si bien qu’ils se sentent autorisés à la violence envers les autres. »

Purifier sa propre foi. Il faut certainement inscrire dans la ligne de cette « purification de la foi » le « mea culpa » que le pape a prononcé. Il rappelle ce « mea culpa » du Grand jubilé, lorsque, en union avec Jean-Paul II, le 13 mars 2000, dans la basilique Saint-Pierre, des cardinaux ont demandé pardon pour les fautes commises par des membres de l’Eglise au cours des siècles. Le cardinal Joseph Ratzinger a lu la demande de pardon pour toutes les fois où un membre de l’Eglise avait défendu la vérité par la violence. Benoît XVI déclare : « Oui, dans l’histoire on a aussi eu recours à la violence au nom de la foi chrétienne. Nous le reconnaissons, pleins de honte. Mais il est absolument clair que ceci a été une utilisation abusive de la foi chrétienne, en évidente opposition avec sa vraie nature. »

Georges, chrétien, Montréal.

2 réflexions au sujet de « Discours de Benoît XVI à Assise »

  1. Bonjour,

    s’il est remarquable que la Pape ouvre la question de la violence chrétienne, en en reconnaissant la réalité, il est regrettable qu’il referme aussitôt le dossier en en renvoyant la responsabilité sur les hommes plutôt que sur le texte biblique. Ainsi présente-il le visage uniquement « aimable » de Dieu plutôt que de reconnaître la complexité, voire les contradictions du texte à cet égard.Où estpassé le dieu jaloux, où est passé l’ordre de brûler les idoles, où est passé l’exclusivisme de la vérité révélée?

    Comme pour Galilée, l’Eglise finit par reconnaître qu’elle a commis des erreurs, ce à quoi certes aucune institution humaine ne peut prétendre échapper. Mais plutôt que d’en rechercher les causes et les remèdes, l’Eglise s’enferme dans le mensonge par omission, voire la désinformation lorsque par exemple elle attribue, comme ce texte le répète, l’horreur des régimes totalitaires à leur athéisme, et non pas – ce qui bien sûr lui serait plus difficile – à leur exclusivisme et à leur messianisme : malheureuse illustration de la paille et de la poutre ?

    Jean-Pierre Castel
    auteur de
    Le déni de la violence monothéiste,
    L’Harmattan, 2010.

  2. « Où est passé le dieu jaloux, où est passé l’ordre de brûler les idoles, où est passé l’exclusivisme de la vérité révélée? »

    Je réagis à votre question Jean-Pierre. En tant que personne qui se veut disciple du Christ Jésus de Nazareth, la nouvelle proposition qu’il apporte m’oblige à requestionner ce dieu jaloux, brûleur d’idole. S’il ne faut pas nier que ce visage existe, et qu’il est la source de motivation de plusieurs personnes se déclarant chrétiennes, je ne peux croire qu’après Jésus, il existe un Dieu qui détruit « au nom de son amour jaloux ».

    Je vous dis cela et en même temps, je porte en moi les germes de la violence qui habitent chaque être humain. Mais, la non-violence pratiquée par Jésus de Nazareth est une Question – avec une lettre majuscule. Et elle m’oblige justement à reconnaître les violences pratiquées dans les religions. Mais, elle m’oblige également à questionner ma propre violence.

    Rien n’est plus difficile car, je l’ai expérimenté plus jeune, on peut devenir violent parce que l’autre n’aime pas, ou en voulant imposer son amour… paradoxe indéfendable.

    C’est un grand défi pour les personnes qui croient en une vérité révélée et immuable sur la question. Les seules solutions se trouvent (pour moi); dans la méditation de l’amour que Jésus présente aux personnes qu’ils rencontrent dans l’Évangile; dans ce temps de dialogue avec le Dieu de Jésus, dans la prière, la réflexion, le partage, et la mise en application de ses gestes pour aujourd’hui.

    Au plaisir,
    Mario, Québec

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