Croissance économique : une obsession absurde

J’extraie, d’Atlantico du 9 septembre 2011, ces réflexions qui me paraissent des plus judicieuses. Mais si la question est bien posée, quelles sont les solutions?
Qu’est-ce que le bonheur auquel chaque individu a droit? Comment y parvenir pour tous?

L’idée semble faire consensus : la croissance nous sortira de la crise. Reste deux questions majeures : qu’entend-on précisément par « croissance » ? Ne faisons-nous pas fausse route ?

Depuis des années, plus aucune décision politique ne se prend sans consulter les augures économiques sur la croissance à venir. Et ces pythies se livrent entre elles, dans leurs temples modernes appelés INSEE, Rexecode, OCDE, FMI, à des formules et des incantations mystérieuses pour finalement rendre un verdict implacable, qui autorise ou non nos gouvernements à mettre en oeuvre les politiques pour lesquelles ils sont élus.

La croissance : dogme religieux radicalement impensé…
La croissance est en soi le projet de société qui dicte les discours de droite comme de gauche. Et qu’est-elle au juste cette croissance? D’abord que la croissance n’a jamais fait le bonheur. Comme l’avait dit Christine Lagarde : « on sait depuis les années 1970 que la hausse du PIB n’entraîne pas mécaniquement une hausse du bien-être ressenti par les individus ».

Ensuite, que la croissance, c’est un simple agrégat économique qui mesure l’évolution de la valeur ajoutée. Autrement dit, la somme des chiffres d’affaires des entreprises. Pour le meilleur comme pour le pire. Une école se construit ? Le PIB augmente. L’école est gratuite ? Le PIB stagne. L’école est payante ? Elle dégage du chiffre d’affaires, et le PIB augmente. On construit une maison ? Le PIB augmente. On la garde de père en fils ? Le PIB stagne. Un tremblement de terre la détruit et il faut la reconstruire ? Le PIB augmente. Ce n’est que cela la croissance. La somme des échanges économiques, pour le meilleur lorsque cela apporte du bien-être, pour le pire lorsque ces échanges correspondent à des événements négatifs.

Pour relancer cette fameuse et mystérieuse croissance, nous nous endettons constamment depuis 30 ans. Jusqu’à l’excès. Jusqu’à la déraison. C’est le propre des dogmes religieux que de pousser les croyants à agir en toute bonne foi, mais en dépit du bon sens. En réalité, n’importe quel gouvernement, de droite comme de gauche, se serait damné, et même s’est damné, pour gagner ne serait qu’un demi-point de croissance, comme une concession qu’on arrachait aux dieux à force de libations et d’offrandes. Résultat ? La somme des dettes contractées pour ces offrandes non seulement est infiniment supérieure aux résultats obtenus, mais même est si coûteuse que nous sommes au bord de la faillite.

D’Éric Verhaeghe, ancien Président de l’APEC (l’Association pour l’emploi des cadres) et auteur de Jusqu’ici tout va bien (éditions Jacob-Duvernet, 2011).

Georges, chrétien, Montréal.

Une réflexion au sujet de « Croissance économique : une obsession absurde »

  1. La croissance économique est devenue la seule raison d’être à en croire nos gouvernants, de quelques pays soient-ils. Tout, aujourd’hui, est lié à cela. Or cette croissance, qui est exigée par plusieurs comme seule solution aux problèmes actuels, est en grande partie responsable des problèmes de nos sociétés.

    La recherche du plus haut niveau de profit est maintenant un signe de prospérité pour une entreprise. Mais n’est-il pas paradoxal de voir les actions d’une entreprise chuter lorsqu’elle annonce des profits inférieurs à ceux prévus ? Et pourtant elle est profitable !

    Aujourd’hui, au Canada, la dette individuelle continue d’augmenter. Alors qu’en 1990 le montant des dettes des famimlles et des entreprises représentait 93% des revenus après impôt, en 2009 il était de 148%. Si on isole celui des jeunes de 19-34 ans, il grimpe à 180% ! Évidemment, les familles monoparentales et celles issues de l’immigration sont encore les plus touchées.

    On nous déclare que la croissance économique doit doit être plus forte afin d’empêcher notre économie d’entrer de nouveau en récession. C’est cette même économie qui nous y pousse à force de campagnes publicitaires massives visant à nous faire consommer et à nous endetter de plus en plus. La facilité dans l’obtention du crédit, particulièrement pour les jeunes, amène cette situation de surendettement. Alors comment consommer plus si on en a plus les moyens ? Nous savons tous que la courbe des revenus n’a pas suivi celle des dépenses et que les taux d’intérêts des grandes cartes bancaires sont indécents – oscillants aux environs de 20%.

    Il faut revenir à un certain équilibre dans l’appétit du profit maximum. L’équilibre a toujours été signe de prospérité. Arrêtons de gaspiller les fonds publics pour des futilités comme une loge au Centre Bell et revenons à l’essentiel. Les dirigeants devraient prendre conscience de leurs responsabilités face à la collectivité plutôt que de penser à leur bien-être personnel…FMI ne veut pas dire « Femme de Ménage Incluse » !

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