Créer un nouvel humanisme

J’extraie du livre de Jacques Grandmaison Société laïque et christianisme, ces extraits :

Il arrive que la laïcité se fasse idéologie qui exclut tout ce que ne relève pas d’elle-même, au point de nier le principe capital de la différenciation avec ses diverses richesses culturelles et spirituelles. …

Des esprits religieux qui revendiquent «des accommodements dits raisonnables» ignorent ce substrat laïque concret et pratique qui est devenu le tissu de base de la vie collective [en de nombreux pays démocratiques]. … Le sacré se prête à des certitudes absolues et non critiques. … D’ores et déjà il y a, en gestation, une nouvelle conscience mondiale des grands enjeux présents et à venir, une conscience qui a beaucoup à voir avec l’être humain comme finalité : celle de lapremière transcendance fondamentale. … C’est cette transcendance humaine qui interdit radicalement l’instrumentalisation, l’exploitation ou l’exclusion des êtres humains. …

C’est sur ce socle séculier commun à tous les peuples, les cultures et les religions, que doit se penser et se construire un nouvel humanisme. … L’Évangile ouvre sur un universel interculturel, interethnique qui se répand dans un contexte laïque. … Le christianisme bien compris est d’abord d’esprit laïque. Il peut normalement très bien s’inscrire dans la laïcité et dans le nouvel humanisme en gestation. Mais ce ne sera pas sous la forme de l’humanisme chrétien de la chrétienté d’hier, autosuffisant et prétendant au monopole sur la vérité, sur le monde et sur Dieu. …
Est-ce les êtres humains valent pour eux-mêmes et par eux-mêmes, alors qu’on les instrumentalise au point d’en faire des rouages des systèmes, de l’économie et des partis politiques ?

L’humanisme permet de nommer ce au nom de quoi on veut construire un monde autre, ce au nom de quoi on se bat pour s’arracher aux nombreuses servitudes actuelles.

Georges, chrétien à Montréal.

Une réflexion au sujet de « Créer un nouvel humanisme »

  1. La question est de savoir si ‘humanisme laïque, qui prône l’autonomie et la responsabilité de la conscience, est compatible avec l’humanisme religieux, qui incite, à des degrés divers, à la soumission à un « Seigneur » et à des textes « sacrés ».
    Je suis partiellement d’accord avec Jacques GRANMAISON : malgré leurs fondements différents, je pense qu’ils le sont partiellement, parce qu’ils ont au moins en commun le respect de certaines valeurs « universalisables », telles que le respect de la dignité humaine « qui interdit radicalement, l’exploitation ou l’exclusion des êtres humains ».

    De fait, l’humanisme religieux d’aujourd’hui ne peut plus prétendre à pérenniser celui de l’humanisme de « la chrétienté d’hier, autonome et prétendant au monopole sur la vérité, sur le monde et sur Dieu » . Le temps d’une « Vérité » absolue, source d’intolérances et de violences, est en effet révolu. A notre époque de pluralité des cultures et des convictions, la « vérité », sans être relativiste, ne peut être que personnelle, partielle et donc provisoire, au contact de celle des autres.

    Mais ces deux humanismes me semblent moins conciliables lorsqu’il est question d’autres valeurs, telles que la liberté de conscience et de pensée, et donc le droit de choisir, avant l’âge adulte, de croire ou de ne pas croire sans avoir été influencé affectivement par une éducation unilatérale, voire communautariste. Puisse donc l’humanisme de demain parvenir à faire adopter, à terme, pour tous et partout, un système éducatif pluraliste, fondé sur l’acquisition d’un esprit critique à tous égards, qui permettra aux êtres humains non seulement de découvrir aussi bien les options religieuses que les options laïques, mais aussi qui les empêchera d’être encore instrumentalisés « au point d’en faire des rouages des systèmes, de l’économie et des paris politiques ».

    Michel THYS, Belge, ancien croyant protestant libéral, athée et franc-maçon adogmatique depuis 41 ans. (http://michel.thys.over-blog.org)

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