Assise : 300 leaders discutent de paix

Les 300 personnalités invitées par Benoît XVI à la rencontre interreligieuse d’Assise (Italie), le 27 octobre 2011, ont souligné que la religion ne devait pas être instrumentalisée à des fins violentes, ni être la cause de conflits.

Le secrétaire général de la Conférence internationale des chercheurs islamiques Kyai Haji Hasyim Muzadi a relevé que « de nombreux problèmes entre les hommes sur cette terre venaient précisément de ceux qui suivent une religion ». Ce phénomène, a déclaré celui qui se trouve à la tête de la plus grande organisation musulmane d’Indonésie, s’explique par le fait que « des religions authentiques (…) peuvent avoir des disciples qui ne sont pas capables d’en comprendre le caractère salutaire ».

Lorsque les croyants se trompent dans la compréhension des aspects sociaux de la religion, alors l’erreur finit par avoir des conséquences non seulement sur les disciples eux-mêmes, mais aussi sur toute la société, sous la forme de tensions sociales ou même de conflits sociaux, qui peuvent se transformer en des conflits entre les États.
Aux yeux du rabbin David Rosen, « pour beaucoup, dans le monde, la paix est une nécessité pragmatique » et il ne faut pas « minimiser la bénédiction que représente pour notre monde un tel pragmatisme ».

Selon le primat du diocèse de l’Église apostolique arménienne de France, Mgr Norvan Zakarian, « les différences religieuses ne peuvent pas et ne doivent pas constituer une cause de conflit ». En outre, si « les initiatives tendant à instituer des organismes judiciaires internationaux se révèlent opportunes, il est nécessaire toutefois d’aller au-delà de l’identification des comportements criminels pour parvenir au rétablissement de relations d’accueil réciproque entre les peuples divisés, sous le signe de la réconciliation ».

La croix ne signifie pas croisade. « Les chrétiens doivent se rappeler que la croix n’est pas pour les croisades, mais que c’est un signe de la façon dont l’amour de Dieu embrasse chacun, même l’autre », a souligné le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE). Il a assuré que le COE s’engageait à « travailler à une paix juste à Jérusalem ».

Au cours de son intervention, l’archevêque de Canterbury, l’anglican Rowan Williams, a assuré que les leaders religieux n’étaient pas réunis à Assise autour d’un « dénominateur commun minimum, mais pour élever la voix depuis les profondeurs de (leurs) traditions, dans toute leur singularité, de façon à ce que la famille humaine puisse être plus pleinement consciente de quelle sagesse il y a à puiser dans la lutte contre la folie d’un monde encore obsédé par la peur et les soupçons, encore amoureux de l’idée d’une sécurité basée sur une hostilité défensive ».

Pour sa part, le porte-parole de la religion Ifu et Yoruba Wande Abimbola a estimé que toutes les religions « sont valides et précieuses aux yeux du Tout-Puissant, qui nous a tous créés avec cette diversité et cette pluralité de chemins de vie et de systèmes de croyance ». Le représentant des religions et croyances africaines a fredonné une prière au cours de son intervention, s’aidant d’un instrument de percussion.

Mise en garde de l’homme contre lui-même. Le représentant de la religion hindoue Acharya Shri Shrivatsa Goswami a affirmé que le dialogue serait « un exercice futile » s’il n’était pas entrepris « avec humilité, patience et le désir de respecter ‘l’autre’ – et cela sans exiger la même chose en échange ». « Il n’y a pas de place pour la violence ou le terrorisme dans la religion, qui souligne à quel point chaque vie est précieuse et doit être aimée », a déclaré le bouddhiste coréen Ja-Seung.  Mukaram Abdukadirov, grand mufti du Tadjikistan, a évoqué la collaboration nécessaire entre les religions. « L’homme ne fait pas l’histoire, mais l’histoire c’est nous », a affirmé enfin la philosophe et écrivain française d’origine bulgare Julia Kristeva, seule non-croyante. Elle a ensuite mis en garde contre l’homme, désormais capable de « détruire la terre et lui-même au nom de ses croyances, religions ou idéologies ». « La rencontre de nos diversités ici, à Assise, témoigne que l’hypothèse de la destruction n’est pas la seule possible », a assuré Julia Kristeva. « L’ère du soupçon ne suffit plus », selon la philosophe, pour qui il faut passer à « l’ère du pari », afin que l’homme puisse « poursuivre longtemps son destin créatif ».

(apic/imedia)

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