À propos du conflit israélo-palestinien

« Si vous me demandiez quel est mon plus grand souhait quant au conflit israélo-palestinien, je répondrais qu’il se termine, qu’il soit résolu et qu’il règne la paix. Mais vous pourriez alors vous entêter et me demander : “Supposons qu’il ne finisse pas de sitôt, que serait ton plus grand souhait en attendant ?”

Alors, après un pincement de douleur, que votre question aura certainement suscité, je répondrais que je voudrais apprendre autant que possible à être exposé aux horreurs et aux injustices, petites et grandes, que le conflit génère chaque jour sans me replier sur une position défensive.

Pour moi, être un homme au milieu de ce conflit qui se poursuit -un mensch (1)– signifie principalement observer et garder toujours les yeux ouverts, autant que je le peux -et je ne le peux pas toujours, je n’ai pas toujours assez de force morale pour cela- mais je sais que je dois au moins m’obstiner, savoir ce qui se passe, ce qui est fait en mon nom, les actes auxquels je suis associé bien que je ne sois absolument pas en accord avec eux; les voir pour réagir, pour dire -à moi-même et aux autres-ce que je ressens à leur égard. Les nommer avec mes mots, ne pas être tenté par ceux que le gouvernement ou l’armée ou mes propres frayeurs -ou mon ennemi aussi-tentent de me dicter.

Et me souvenir -et c’est parfois le plus difficile-que celui qui se tient face à moi, mon ennemi, qui me hait et voit en moi une menace à son existence, est lui aussi un être humain, avec une famille et des enfants, avec sa perception de la justice et ses espoirs, avec ses désespoirs et ses peurs, avec ses points d’aveuglement. »
David Grossmanin JCall, Les raisons d’un appel (éditions Liana Levi)

(1) “Mensh” est un mot yiddish qui désigne un homme de caractère que l’on admire pour son courage, son sens de l’honneur, son honnêteté.

Georges, chrétien, Montréal.

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