Déracinés jusqu’au génocide

Le tipi de la CVR sur la Place du Canada à Montréal - ou "thipis" en Dakota se qui veut dire habitation - avril 2013.

Le tipi de la CVR sur la Place du Canada à Montréal – ou « thipis » en Dakota se qui veut dire habitation – avril 2013.

Commission Vérité et Réconciliation (CVR), vendredi 26 avril 2013, après-midi. Une dame autochtone témoigne dans le Cercle de partage. Alors qu’elle se raconte, je me souviens de mon enfance. À presque six ans, je dois aller à l’école – c’est la loi – et je prends l’autobus pour la première fois. Sentiments profonds de peur et de déracinement.

Après tout, je suis heureux chez moi, entouré de mes frères, de mes parents, de Micki la petite chienne, du chat dont je ne me souviens plus le nom, et de la nature dans laquelle je grandis et qui, à mes yeux d’enfants, est extraordinaire. Puis au loin, la montagne – colline montérégienne d’à peine 350 mètres – que nous explorerons un jour, comme de grands aventuriers.

Ce jour-là, j’étais arraché à mon paradis d’enfance pour aller à l’école.
Déracinement dont je me souviens encore.

Mais, au contraire de la dame, je suis revenu le même soir et les suivants.

Tandis que pour celle qui témoigne en cet après-midi de printemps,  son corps et son esprit sont restés prisonniers pendant six ans d’un pensionnat destiné à christianiser, civiliser et assimiler les ‘indiens’.

Si l’on en croit la plupart des témoignages entendus lors de cette Commission qui se déroule partout au Canada jusqu’en 2014 ou 2015, les pensionnats ont été des cauchemars éveillés.

« What was missing in the residential schools was love ». Ce qui manquait dans les pensionnats, c’était l’amour dira la dame.

Autant dire, l’essentiel.

Génocide

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L’érosion, par l’argent, du socle éthique de nos sociétés

Avec l’accord de l’auteur, Bernard Ginisty*, nous reproduisons ce texte d’abord écrit sur le site web Garrigues et sentiers

Argent... le nouveau dieu?

Argent… le nouveau dieu ‘sans foi ni loi’ ?

Ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Cahuzac » prend l’allure d’un feuilleton à épisode qui ébranle la société politique française. Au-delà des dérives individuelles, elle témoigne de l’envahissement de la fascination de l’argent dans l’espace public ridiculisant progressivement les valeurs éthiques qui donnaient sens au vivre ensemble.

Analysant la société capitaliste, l’économiste François Perroux écrivait ceci :

« Toute société capitaliste fonctionne régulièrement grâce à des secteurs sociaux qui ne sont ni imprégnés, ni animés de l’esprit de gain et de la recherche du plus grand gain.

Lorsque le haut fonctionnaire, le soldat, le magistrat, le prêtre, l’artiste, le savant sont dominés par cet esprit, la société croule et toute forme d’économie est menacée.

Les biens les plus précieux et les plus nobles de la vie des hommes, l’honneur, la joie, l’affection, le respect d’autrui ne doivent venir sur aucun marché » (1).

Dynamitage des trois éthiques Lire la suite

Peut-on arrêter le temps?

Le temps: pas si enfantin après tout!

Le temps: pas si enfantin après tout!

Charles Aznavour chante :

« Le temps d’un jour
Temps d’une seconde
Le temps qui court
Ou celui qui gronde ».

Avez-vous déjà pris le temps de l’écouter ?

Dernièrement, deux amis me faisaient parvenir un texte sur le temps, son accélération et l’aliénation qu’elle provoque, parue dernièrement sur le site web du blogue du journal Le Monde.

J’ai – bien sûr – pris le temps de lire…

Pour mieux comprendre notre modernité.

On y rapporte les réflexions de Hartmut Rosa, sociologue et philosophe allemand, dont l’ouvrage Accélération : une critique sociale du temps, a été traduit en français en 2010 et qui, avec le temps, fait son petit bonhomme de ch’min…

Dans une conférence donnée à Lyon cet hiver, il déclarait :

« Mon livre explique que l’essence et la nature de la modernité reposent sur l’accélération ».

Et encore :

« La modernité signifie mettre en mouvement de plus en plus rapidement le monde matériel, social et idéel. Nous aspirons à multiplier les choses, les contacts, notre horizon d’options… L’aspiration essentielle de la modernité est d’agrandir l’espace des possibilités… »

Une accélération qui rencontre ses limites  Lire la suite

Pauvreté en hausse : quoi faire?

Manifester? Abandonner? Contre la pauvreté non volontaire, comment lutter?

Manifester? Abandonner? Contre la pauvreté non volontaire, comment lutter?

« Aujourd’hui, le marché crée les conditions de l’éviction des catégories populaires en dehors des espaces qui comptent. » 

C’est le géographe français Christophe Guilluy qui, en entrevue avec le magazine français Marianne,  affirmait cela dernièrement.

 « En réalité, la rupture fondamentale est que, pour la première fois dans l’Histoire, les classes populaires ne font pas partie du projet économique. C’est un changement considérable. Hier, les ouvriers étaient absolument intégrés à ce projet… Les ouvriers vivaient hier dans les villes, il n’était pas rare de trouver des ouvriers propriétaires de leur logement y compris à Paris, là où se créaient les richesses…

Aujourd’hui, l’essentiel du PIB est produit par des métropoles dans lesquelles ne vivent plus les classes populaires. La question politique et culturelle découle de ce fait économique simple : la « boutique » tourne sans les classes populaires. » (cliquez ici pour lire l’entrevue).

La pauvreté non voulue prive de droits

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